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La dégradation du couvert forestier est un problème qui s’accroit dans la région autonome atlantique sud du Nicaragua. Cette zone, recouverte par des forêts primaires, abrite une biodiversité exceptionnelle, mise en danger par la déforestation massive (élevage, bois utilisé comme combustible, etc).
En effet, plus de 80% de l’énergie primaire consommée au Nicaragua provient de la biomasse (bois principalement, et déchets agricoles). Ainsi, 95% de l’énergie consommée pour la cuisson des aliments, (qui représente 50% de l’utilisation totale de l’énergie) provient du bois de chauffage et du charbon de bois, avec une consommation estimée de 650 kg de bois par an, par personne. Cette consommation importante augmente la déforestation et la destruction des forêts primaires.
Les conséquences sur la santé sont également préoccupantes : le mode de cuisson, sur des foyers ouverts (souvent des jantes de voitures ou des pierres) est très polluant, les fumées salissent la maison (souvent la pièce principale), irritent les yeux et les muqueuses, et causent des maladies pulmonaires, notamment chez les enfants en bas-âge. Selon l’OMS, cette pollution domestique coûte 1,6 millions de vie par an, soit deux fois plus que le paludisme. Enfin, un certain nombre de familles vit de la vente de plats cuisinés («cantines de rue») et le coût du combustible grève leurs faibles revenus.
Pour répondre à ce défi, blueEnergy coopère depuis 2009 avec l’ONG nicaraguayenne Prolena pour installer et expérimenter des cuisinières économes.

Ces cuisinières «ecofogon», économes en charbon de bois, réduisent les dépenses des familles et le temps alloué à la préparation des repas. Elles permettent également d’améliorer les conditions de travail des petites «cantines de rue» (ces cuisinières réduisent le risque de brûlures) et élèvent un peu leurs revenus, en divisant en moyenne par 2 la quantité mensuelle de charbon de bois utilisé. La réduction de fumées toxiques et corrosives assure aussi une diminution des maladies respiratoires, en particulier pour les enfants en bas-âge qui y sont très sensibles. Enfin, la réduction de la quantité de charbon de bois nécessaire à la préparation des repas et la sensibilisation des familles sur la protection du couvert forestier, permettent de lutter contre la déforestation.

Retrouvez le témoignage de Yessenia (Novembre 2011)
Yessenia, 33 ans, élève seule ses 5 enfants, qui ont entre 3 et 18 ans. Elle fait vivre sa famille grâce aux gains qu’elle tire de la vente de plats chauds, cuisinés et vendus depuis son domicile. Ses spécialités sont le poulet rôti, les enchiladas, les tacos et les tajadas (chips de bananes). Depuis mai 2011, Yessenia utilise une cuisinière améliorée, fournie par blueEnergy. Pour son ancienne cuisinière, elle achetait 4 sacs de charbons de bois par mois.

(ancienne cuisinière de Yessenia)
Cette source d’énergie est extrêmement néfaste pour les forêts anciennes qui recouvrent la région : les arbres sont brûlés pour être transformés en charbon de bois, vendu 4$ par sac. C’est la source d’énergie la moins chère et la plus facilement accessible pour les habitants, et sa première utilisation est la cuisine.
Pour qu’une nouvelle technologie soit intégrée harmonieusement par les bénéficiaires, elle doit répondre non seulement à des préoccupations environnementales, mais aussi à des avantages économiques. Avec sa nouvelle cuisinière, Yessenia utilise seulement un sac de charbon de bois par mois au lieu de 4, soit une économie de 12$ par mois. C’est une somme conséquente dans cette région. Elle a également divisé par deux sa consommation d’huile.

D’après elle, « c’est la meilleure cuisinière que j’ai eue. Le poêle est chaud mais je peux rester à côté, car la chaleur est contenue. Et puis, c’est très très économique, car il n’y a pas besoin de beaucoup de charbon de bois ».